Masculinisme : comprendre une idéologie sexiste et ses impacts
Masculinisme : comprendre une idéologie sexiste et ses impacts
D'après le rapport 2026 du Haut Conseil à l’Egalité, 39% des hommes estiment que le féminisme menace la place de l’homme au sein de la société. Cette pensée prolifère notamment dans ce que l'on appelle les groupes dits "Masculinistes" . Ces groupes d'hommes s'estiment être désavantagés par les évolutions qui engendrent l’égalité entre les femmes et les hommes. On constate une montée des groupements masculinistes qui est aujourd’hui préoccupante : violence, intidimation, harcèlement sur les réseaux sociaux…
Dans cet article, nous allons analyser ce mouvement qui prend de l’ampleur et les conséquences sur le monde professionnel :
- Tout d’abord nous définirons ce qu'il y a derrière la notion de masculinisme et en quoi il s'inscrit dans une stratégie fallacieuse de symétrisation avec le féminisme
- Par la suite nous expliquerons en quoi le masculinisme correspond à des violences sexistes poussées à l’extrême
- Puis nous comprendrons d'où vient la montée du masculinisme
- Enfin, nous parlerons de son impact sur le monde professionnel
Selon le rapport HCE 2026, 60 % des hommes pensent que les féministes veulent donner plus de pouvoir aux femmes qu'aux hommes. Alors que se cache-t-il vraiment derrière la notion de masculinisme et, à l'opposé, derrière cette notion qui semble l'effrayer, le féminisme ? Commençons par clarifier les idéologies derrière ces deux termes très différents :
1. Définition du masculinisme
Le masculinisme défend une idéologie qui regroupe un ensemble de discours, de pratiques et de mouvements affirmant que les hommes seraient désavantagés par les évolutions vers l’égalité entre les femmes et les hommes. Selon le rapport 2026 du Haut Conseil à l’Égalité, le masculinisme se caractérise par trois éléments principaux :
- une remise en cause des droits et des acquis des femmes,
- une vision hiérarchisée des rapports entre les sexes,
- et un discours de victimisation des hommes, présentés comme lésés par les transformations sociales contemporaines.
Ce mouvement cherche ainsi à défendre l’ordre patriarcal, à réaffirmer la conception traditionnelle des rôles de genre, à maintenir les femmes dans des rôles stéréotypés et à freiner leur émancipation économique et sociale.
2. Définition du féminisme
Quant à lui, le féminisme recherche l’égalité entre les femmes et les hommes. Il ne cherche pas à inverser les rapports ni à retirer des droits aux hommes mais simplement à obtenir les mêmes qu’eux. A noter que 53% de personnes en France pensent que les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes selon le rapport Toluna Harris Interactive de novembre 2025. Ce n'est pas la réalité du mouvement féministe.
Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées philosophiques qui partagent un but commun : définir, promouvoir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes.
En effet, voici un rapide rappel des combats féministes :
- en 1848, les femmes ne jouissaient d’aucun droit civique : elles n’avaient pas le droit de vote ni le droit de propriété et ne pouvaient pas non plus participer à l’élaboration des lois. Aux Etats-Unis, ce n’est qu’en 1920 que certaines femmes blanches obtiennent le droit de vote. C’est grâce au combat des suffragettes que les femmes obtiennent le droit de vote en Angleterre et il faudra attendre 1944 pour que ce droit soit accordé aux femmes en France.
- Dans les années 1960, de nombreuses féministes revendiquent ensuite l’égalité sociale (égalité de salaire, droit à un compte bancaire, droit à une éducation égale) et luttent pour obtenir le droit des femmes à disposer de leurs corps. Au début des années 2010, le mouvement féministe dénonce les violences sexistes et sexuelles, le harcèlement moral, sexuel. C’est également l’apparition du « JE » dans les combats féministes, avec de nombreux témoignages personnels (notamment avec la vague #metoo) , qui visent à sensibiliser les jeunes générations, à déconstruire des stéréotypes de genre et à créer de nouveaux modes d’expression.
Ces combats n'ont pas tous fini d'être menés mais on le voit ici, le féminisme lui agit pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes alors que le masculinisme cherche à maintenir la domination masculine.

Nous l'avons vu plus haut, le masculinisme n'est pas un mouvement unique et organisé, mais plutôt un ensemble de groupes et de discours qui véhiculent des idées communes sur la place des hommes, des femmes et les rôles de chacun dans la société. Le masculinisme s’inscrit dans la continuité du sexisme hostile. Il propose une vision des relations entre femmes et hommes comme une sorte de compétition, où les avancées pour les femmes seraient vues comme des pertes pour les hommes.
Ces discours se déclinent sous des formes variées sur internet :
- du coach de « développement personnel » qui prône la domination masculine
- au mouvement « incel » (célibataires involontaires) qui peut mener jusqu'à des idéologies haineuses violentes
- le tout regroupé sous le terme de "manosphère"
Voici quelques exemples de phrases typiques prononcées par les masculinistes :
- “Les femmes sont hystériques, et ne savent pas gérer leurs émotions, c’est à vous de les canaliser”
- “Les femmes doivent rester pures, alors que les hommes ont besoin d’avoir beaucoup d’expérience, c’est naturel”
- “La valeur d’une femme dépend uniquement de sa beauté et de sa fertilité”
- “Les femmes n’apportent pas autant de valeur que les hommes en entreprise”
Poussées à l’extrême, les discours masculinistes vont légitimer les agressions sexuelles envers les femmes : “15% des hommes estiment qu’une femme agressée sexuellement peut en partie être responsable de la situation, et 17% des hommes considèrent que quand une femme dit non à un rapport sexuel, on peut la convaincre de changer d’avis”.

La recrudescence du masculinisme peut s’expliquer par plusieurs facteurs :
- on parle de plus en plus de féminisme : avec le mouvement #metoo en 2017, le mouvement Gisèle Pelicot, les violences faîtes aux femmes ont été médiatisées.... En contrepartie de cela, une stratégie de victimisation apparaît : " on ne peut plus draguer ! " , " on ne peut plus rien dire ! "
- le rôle des hommes serait remis en cause face aux évolutions portées par le féminisme : les hommes seraient les principaux perdants d'une égalité déjà atteinte
- certains hommes ont vu un recul de leur stabilité économique ces dernières années. En effet, + de 18% des hommes croient que les femmes prennent les postes des hommes sur le marché du travail, selon le rapport 2026 du HCE
Cette diffusion d’idées passe par les réseaux sociaux qui jouent un rôle central dans leur propagation. Selon une étude de l'Université de Belfast, les jeunes hommes sont exposés en moyenne en moins de 20 minutes de navigation sur TikTok ou YouTube à des contenus masculinistes. Une seule vidéo regardée jusqu'au bout suffit pour que l'algorithme en propose une autre, puis une autre, jusqu'à créer un univers clos où ces idées semblent être la norme. En poussant à leurs abonnés des contenus similaires, les algorythmes favorisent l'emergence de bulle idéologique et renforce la polarisation.
Enfin, il ne faut pas oublier la dimension économique de ce phénomène. Tiktok et X sont aujourd’hui les principaux canaux de diffusion et d’acquisition pour les influenceurs masculinistes. Des influenceurs sur les réseaux sociaux deviennent de véritables business men puisqu’ils vont proposer des formations payantes pour réapprendre à draguer, à parler à une femme comme il se doit, à "réussir dans la vie" via la domination des femmes. Ils rendent aussi payant l’accès à des groupes restreint, souvent sous forme de canal de discussion : cela vient créer un sentiment d’appartenance et d’importance pour certains hommes qui deviendraient "privilégiés".Les jeunes constituent une cible idéale. En pleine construction identitaire, parfois en manque de repères ou en situation de mal-être, ils sont plus vulnérables face à ces discours distribués massivement sur les réseaux sociaux. L'engrenage de la radicalisation masculiniste suit en général 4 étapes :
- Certains hommes (surtout jeunes) peuvent ressentir une sorte de solitude, un rejet amoureux, une perte de répère (à l'adolescence notamment), de la frustration... Ce qui vient créer un véritable mal-être, une certaine fragilité émotionnelle.
- Ces hommes vont être exposés, sur les réseaux sociaux, à des contenus masculinistes : des vidéos explicatives qui viennent leur donner une "réponse", des discours violents désignant les femmes comme reponsables de leur mal-être...
- Petit à petit, les idées véhiculées par ces "influenceurs" deviennent crédibles, les discours se normalisent et deviennent naturels. Leur vision du monde va changer, ce n'est plus les hommes et les femmes mais plutôt les hommes vs les femmes.
- Pour terminer, ils vont intégrer des groupes fermés masculinistes, ce qui va leur permettre de renforcer leurs idées, et de favoriser et légitimer la violence à l'égard des femmes.
Ils sont alors victimes de cet engrenage de la radicalisation masculiniste.

Ce sexisme hostile et cette pensée masculiniste présents dans la société se retrouvent aussi dans les entreprises. Selon le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, environ 17 % de la population adhère en effet à des idées relevant du sexisme hostile, c’est-à-dire des attitudes ou des comportements visant à dévaloriser les femmes, en les présentant comme inférieures, incompétentes ou illégitimes, notamment dans le monde professionnel.
Le Reykjavík Index en est un exemple. Cet index propose en effet des scores sur 100 qui reflètent la perception des Français quant à la légitimité des femmes à occuper des postes de direction, en comparaison avec les hommes. Un score de 100 correspond à une perception d’égalité totale entre les femmes et les hommes. Or cet index est en baisse de manière globale depuis 2018 , et on constate que les niveaux sont encore plus bas chez les jeunes hommes. Selon les âges voici les résultats :
- 65/100 : pour les 18/34 ans
- 73/100 : pour les 35/54 ans
- 75/100 : pour 55/65 ans
Ces données mettent en évidence que les jeunes générations apparaissent moins favorables à l’émancipation et à l’affirmation du rôle des femmes que les générations plus âgées.
Les conséquences sur les carrières sont importantes. En diffusant l’idée que les femmes seraient moins compétentes ou moins légitimes, le sexisme hostile :
- Freine les femmes sur l’accès aux postes à responsabilité et contribue au maintien du plafond de verre
- Participe aux inégalités salariales
- Impacte les femmes psychologiquement : perte de confiance, sentiment d’illégitimité ou dévalorisation. Certaines femmes peuvent hésiter à prendre la parole en réunion ou à postuler à des postes plus élevés, de peur d’être jugées ou discréditées
- Impacte globalement le fonctionnement des organisations : climat de travail dégradé, réduit la motivation, nuit à la collaboration et peut entraîner une perte de talents
- Expose également les entreprises à des risques juridiques et à une dégradation de leur image
Nous l'avons donc vu, le masculinisme reflète une réaction à l’émancipation des femmes et aux avancées vers l’égalité, en cherchant à maintenir des rapports de domination. Contrairement au féminisme, il repose sur une vision hiérarchisée des sexes et peut mener à des formes de sexisme extrême. Sa progression s’explique par des facteurs sociaux, économiques et par l’influence des réseaux sociaux, qui amplifient ces discours, notamment auprès des jeunes. Cette dynamique n’est pas sans conséquences : elle freine l’égalité, notamment dans le monde professionnel, et entretient des inégalités durables. Face à cela, il est essentiel de sensibiliser sur le sexisme, notamment en entreprise, pour pouvoir prévenir cette polarisation et promouvoir des entreprises saines et performantes.
